Michel Jean : des romans à lire pour ne plus ignorer

by MelM / 1 mois ago
Nishim

J’ai découvert Michel Jean il y a quelques années avec Kukum et honnêtement, ce livre m’a marquée. Depuis, j’ai enchaîné plusieurs de ses romans et aujourd’hui j’attends avec impatience la sortie de son prochain titre cet automne : Nishim (édition du Seuil) . Mon rendez-vous du mois d’octobre.
Ce qui me réjouit particulièrement, c’est que Nishim nous replonge dans l’univers de Kukum, on y retrouve certains personnages que l’on a appris à aimer, même si ce n’est pas une suite à proprement parler. Une façon de retrouver un monde qu’on n’avait pas vraiment envie de quitter.
En attendant octobre, je vous invite à (re)découvrir Michel Jean et son œuvre. Des romans qui ne laissent jamais indifférent et qui, je crois, changent un peu la façon dont on voit les choses.

 

Qui est Michel Jean ? 

Michel Jean 2025_(c) Julien FaugèreNé en 1960 à Alma, issu de la communauté innue de Mashteuiatsh au Saguenay–Lac-Saint-Jean, Michel Jean a passé quarante ans à raconter le monde en direct, micro en main, caméra dans le dos. Reporter d’enquête, chef d’antenne à RDI et à TVA, coanimateur de J.E., il a vu des choses. Beaucoup de choses. Et un jour, il a posé le micro pour prendre la plume. Maintenant il écrit pour nous donner un côté de l’histoire qu’on connaît moins, le point de vue des autochtones.

Ce qui frappe d’emblée chez Michel Jean, c’est cette dualité rare : la rigueur du journaliste et la sensibilité de l’homme qui connaît les histoires de l’intérieur. Quand il publie son premier livre, Envoyé spécial, en 2008, c’est son vécu de reporter qui parle. Mais rapidement, quelque chose de plus personnel, de plus ancré, prend le dessus.

Ses origines innues deviennent le fil conducteur d’une œuvre entière. Dans Elle et nous (2012), il remonte le fil de sa propre lignée à travers l’histoire de sa grand-mère Jeannette Siméon. Une façon de se retrouver, et d’inviter le lecteur à faire de même.
Puis vient Le vent en parle encore (2013), un roman sur les pensionnats autochtones, ces institutions qui ont arraché des générations d’enfants à leurs familles, à leur langue, à eux-mêmes. Un sujet douloureux, traité sans sensationnalisme, avec la précision de quelqu’un qui sait que les mots ont un poids.

 

Romans - Michel Jean - culture Autochtone

Kukum : le roman qui a tout changé

Si vous ne deviez lire qu’un seul de ses livres, la plupart vous diraient : Kukum et moi aussi d’ailleurs (C’est d’ailleurs un des livres que j’aime offrir). Publié en 2019, lauréat du Prix littéraire France-Québec 2020, ce roman retrace la vie de l’aïeule de Michel Jean, une femme blanche qui épouse un Innu et choisit de vivre selon les traditions de son peuple, sur le territoire, au fil des saisons et des déplacements.
Kukum, c’est « grand-mère » en innu. Le livre raconte. J’ai eu un énorme coup de coeur pour ce livre. Pour la petite histoire, après ma lecture, je suis allée au Saguenay-Lac Saint-Jean et j’en ai profité pour visiter certains lieux riches que j’avais découvert dans le roman.

 

Après Kukum

Michel Jean ne s’arrête pas là. Tiohtiá:ke (2021), le nom mohawk de Montréal, plonge dans l’univers de l’itinérance autochtone en milieu urbain. Ces visages qu’on croise sans voir, ces histoires qu’on préfère ne pas connaître. Lui les regarde en face. Un livre que je conseille vraiment, surtout si vous vivez à Montréal. Cela permet de comprendre beaucoup de choses et d’ouvrir les yeux sur ce qu’on voit tous les jours !

En 2023, Qimmik aborde un épisode méconnu et bouleversant : le massacre des chiens de traîneau inuits dans les années 1950-60, orchestré lors de la sédentarisation forcée des communautés du Grand Nord. Un génocide culturel passé sous silence. Michel Jean le sort de l’ombre. Un livre qui m’a bouleversé. Mais comment l’homme peut faire vivre des horreurs comme ça à d’autres hommes ?

Et en 2025 paraît Kabasa, son roman la plus récente, qui continue de cartographier ces zones que l’histoire officielle a longtemps laissées blanches. Je ne peux pas encore vous en parler, il est sur ma liste de lecture. Promis bientôt.

 

Lire Michel Jean, c’est choisir de savoir

Il dit lui-même qu’il ne se considère pas comme un militant. Pourtant, chaque roman est un geste. Celui d’informer. Michel Jean comble des angles morts de notre mémoire collective. Il rappelle que les peuples autochtones du Québec ne sont pas un chapitre du passé, ils sont là, vivants, complexes et trop souvent invisibilisés.

Dans une époque où l’on consomme vite et oublie encore plus vite, l’œuvre de Michel Jean nous demande de ralentir. De lire autrement. De se laisser déranger, juste assez, pour ne plus regarder le monde de la même façon.

 

Nishim, le 2 octobre en librairie.
Nishim - Michel Jean

Résumé : La jeune Claude rêve au lac majestueux de Pekuakami dans le train qui file vers la réserve de Pointe-Bleue où vit sa grand-mère Almanda. Elle croise ce jour-là sa cousine Jeanette dont la famille mène encore la vie traditionnelle innue en forêt.
C’est le début d’une amitié indéfectible entre les deux nishim. Et alors que Claude, sillonnant l’Amérique du Nord, se laisse emporter par la modernité et la Révolution tranquille des années 1960, Jeannette fait l’expérience des pensionnats, puis de la vie difficile sur la réserve.
Jamais Jeannette ne cessera de se battre pour elle et pour les siens. Jamais Claude n’oubliera ses racines innues.
Un roman profondément intime et bouleversant, un portait sincère et parfois douloureux d’une famille écartelée entre deux cultures.

Nous allons partir à la découverte de la vie autochtone à travers deux cousines dont les chemins se séparent dès l’enfance, dans les années 50. Deux vies, deux points de vue pour comprendre.

 

Il y a quelques jours, j’ai eu la chance d’assister à une rencontre autour de Nishim, organisée à l’intention des libraires du Québec et de France. Un échange vraiment captivant entre Michel Jean et l’écrivain Alec Mahoney. Une phrase m’a particulièrement frappée et je ne l’oublierai pas de sitôt : plus une histoire semble invraisemblable, plus elle est vraie. Malheureusement.
Cette rencontre m’a donné encore plus envie de lire toute son œuvre, mais aussi d’explorer d’autres voix de la littérature autochtone. D’ailleurs, un libraire lui a demandé de conseiller trois livres. En voici deux qu’il a recommandés :

Mamu du Collectif dirigé par Michel Jean
Mamu, qui signifie « ensemble » en innu-aimun, réunit vingt voix autochtones parmi les plus vibrantes du territoire. Sous la direction de Michel Jean, ces plumes singulières explorent l’amour sous toutes ses formes : filial, amoureux, ancestral, profondément lié à la terre. Un recueil lumineux, tendre et bouleversant, qui célèbre la richesse des cultures des Premiers Peuples et la beauté de raconter ensemble.

Le Cercle de Katherena Vermette
Le concept est simple : on réunit en cercle celles qui ont blessé et celles qui ont été blessées, et on les laisse échanger. Pour certaines, c’est un pas vers la guérison. Pour d’autres, c’est une colère qui se transforme — qui pointe vers le système, l’histoire, le colonisateur. Quand Phoenix sort de prison, toute la communauté métisse est ébranlée. Puis elle disparaît. Raconté à travers une constellation de voix, Le Cercle est un roman d’ombre et de lumière, profondément humain.

Deux lectures qui s’inscrivent parfaitement dans la continuité de l’œuvre de Michel Jean et qui prouvent que la littérature autochtone a énormément à nous dire, si on accepte de l’écouter.

 

 

Liste des livres de Michel Jean : 

Romans et récits:
Envoyé spécial (2008)
Un monde mort comme la lune (2009)
Une vie à aimer (2010)
Le vent en parle encore (2013)
Tsunamis (2017)
Kukum (2019)
Atuk, elle et nous (2021)
Tiohtiáke (2021)
Maikan (2021)

Qimmik (2023)
Kabasa (2025)
Nishim (Octobre 2026)

Recueils de nouvelles :
Amun (2016)
Wapke (2021)

leslibraires.ca

 

Rendez-vous le 2 octobre en librairie pour Nishim !

 

Crédits photo de l’auteur : Julien Faugère
Couverture : maison d’édition
Couverture : Photo canva pro : Onfokus de Getty Images Signature

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